Roméo Roy
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Étude de cas

JePréviens : j'ai construit une app de voisinage. Puis je suis passé au 20h de TF1.

JePréviens, c'est l'histoire d'un produit porté de bout en bout : le code, l'IA, le terrain, les institutions. Et surtout les erreurs qui ont fait de moi un entrepreneur, et plus seulement un développeur.

30 000+
utilisateurs aujourd'hui
10 000
inscriptions en une minute (reportage TV)
TF1 + M6
journaux de 20h et 19h45
≈ 0 €
de revenu les deux premières années

JePréviens est une application d’alertes entre voisins que j’ai conçue, construite, lancée et fait grandir seul, de la première idée à plus de 30 000 utilisateurs. En chemin : un reportage au journal de 20h qui a amené 10 000 utilisateurs en une minute, des communes qui l’adoptent, une mairie qui a financé une fonctionnalité que j’ai ensuite offerte à toutes les autres, de l’IA en production pour la modération et le floutage des photos, et une longue liste de leçons (techniques, juridiques, humaines) que je n’avais pas vues venir.

Ce n’est pas une histoire de code parfait. C’est l’histoire d’un vrai produit, avec ses réussites et ses échecs, qui m’a appris à construire et à pousser un produit dans le monde réel. C’est exactement ce que je transmets aujourd’hui en formation.

01. L’origine : un problème partagé entre deux villages

Été 2023. Sur les réseaux sociaux, je discute avec un commercial installé à l’autre bout de la France, à 700 km. Deux petites communes rurales différentes, le même constat.

À l’époque, je suis conseiller municipal. De l’intérieur, je vois un problème concret : les applications de voisins vigilants existantes sont trop chères pour les petites communes. Les villages qui en ont le plus besoin ne peuvent pas se les payer.

Mais je suis développeur. Là où d’autres constatent, je peux résoudre. Je décide de construire l’outil qui manque, d’abord pour protéger ma propre commune.

Ce que j’en retiens : les meilleurs produits ne sortent pas d’une étude de marché abstraite, mais d’un problème qu’on vit personnellement. Je ne cherchais pas une idée de business. Je résolvais une douleur que je connaissais de l’intérieur.

02. Construire : de l’idée à l’app qui marche en quelques semaines

Septembre-octobre 2023, je construis JePréviens.

  • FlutterFlow pour l’application : un outil sans code, mais qui ne vous enferme pas hors du code sous-jacent. Un choix délibéré : aller vite sans me piéger.
  • n8n pour l’automatisation et l’IA, le cœur de mon métier. Floutage des photos, modération des contenus, traitements en arrière-plan.

L’idée produit est simple et claire : permettre aux habitants de se prévenir entre eux, horizontalement. C’est une distinction que j’assume. JePréviens va de citoyen à citoyen, là où une application d’État va verticalement, du citoyen vers l’institution. Deux logiques complémentaires, pas concurrentes.

Le maire me soutient. Mon ami commercial commence à contacter la presse locale.

03. Le pic : 10 000 utilisateurs en une minute

D’abord la presse locale. Puis la radio locale. Le bouche-à-oreille s’enclenche.

Et en mai 2024, l’accélération que je n’avais pas vue venir : les deux plus grandes chaînes nationales me contactent. Je passe au journal du soir, le créneau le plus regardé du pays.

Roméo Roy filmé par une équipe de télévision pendant une démonstration de JePréviens sur son téléphone
Le tournage du reportage : une démonstration de JePréviens sur le terrain.

Le résultat est vertigineux. Avant le reportage, j’avais environ 1 500 utilisateurs. Pendant la diffusion, j’en gagne 10 000 en une minute. Aujourd’hui, JePréviens dépasse les 30 000 utilisateurs, et ça continue.

Courbe de trafic de JePréviens montrant un pic brutal autour du reportage de mai
Le pic de trafic pendant la diffusion nationale (mai 2024).

Je reçois une vague de remerciements. Et des demandes d’amélioration, des retours, et même des propositions de rachat de l’application.

Ma première grosse erreur : je n’avais pas prévu l’afflux. L’app utilise Google Maps, et le quota gratuit mensuel a explosé en quelques minutes. Ce passage télé m’a coûté 400 € de dépassement. J’ai immédiatement retravaillé le code pour maîtriser ces appels. Première leçon de l’échelle : un succès non préparé coûte de l’argent.

04. Les institutions : la lenteur du public

Après le pic médiatique, je me tourne vers les mairies et les collectivités, avec l’idée qu’elles feront la promotion de l’app auprès de leurs habitants.

Je construis un tableau de bord dédié aux mairies et aux forces de l’ordre, avec des droits étendus et des fonctionnalités spécifiques. On embauche un jeune commercial qui contacte les communes et fait des présentations, avec ou sans moi. Je présente aussi le projet à la gendarmerie et à la police, qui montrent de l’intérêt.

Roméo Roy présentant JePréviens à des gendarmes et policiers autour d'une table de réunion
Présentation de JePréviens à la gendarmerie et à la police nationale.

Tout le monde est enthousiaste. Mais rien ne se signe vite.

La leçon institutionnelle : le public n’est pas le privé. Chaque décision passe par un vote en conseil, des budgets annuels, des cycles de validation lents. L’enthousiasme d’un maire ne fait pas une signature. Vendre à une collectivité demande une patience et un cycle de vente radicalement différents.

05. Le creux : quand l’argent ne vient pas

Voilà la partie dont on parle rarement.

L’application est gratuite, et le restera pour les citoyens, par principe. Mais au début, on ne gagne rien. Et ça pèse sur l’équipe.

Mon ami commercial, ne voyant pas d’argent rentrer, s’éloigne progressivement. Le jeune commercial ne continue pas non plus : ça ne va pas aussi vite qu’espéré. Les tests de tarification avec les mairies butent toujours sur les mêmes cycles lents.

Je me retrouve seul. Je continue JePréviens en projet parallèle, par conviction. Je finis par poser un prix clair : 199 € par an pour les communes de plus de 2 000 habitants, plus 490 € de mise en service, l’application restant gratuite pour les citoyens. Depuis l’été 2026, la mise en service est facturée, et la première commune l’a payée en août. Aujourd’hui, plusieurs communes sont équipées, d’autres dossiers attendent un vote en conseil municipal, les demandes de mairies arrivent seules, et l’une d’elles a même financé le développement d’une fonctionnalité que j’ai ensuite donnée à toutes les autres.

La leçon humaine : un projet qui ne génère pas de revenu immédiat teste la solidité réelle des partenariats. Ceux qui étaient là pour le gain rapide partent. Rester demande une conviction qui dépasse l’argent. C’est aussi ce qui m’a forcé à apprendre chaque compétence moi-même.

06. L’échelle : ce que personne ne voit

Faire tourner un flux de 30 000 utilisateurs n’a rien à voir avec mes projets précédents. C’est là que j’ai le plus progressé techniquement.

L’infrastructure. Sauvegardes Firebase, Cloud Functions, tenue de charge, environnements de test et de production séparés pour ne jamais casser le service en testant. Invisible pour l’utilisateur, mais c’est ce qui fait tenir une app debout.

L’IA en production, le cœur de mon métier. Pas de l’IA pour faire joli, mais pour résoudre de vrais problèmes opérationnels :

  • Floutage automatique des photos via une API externe orchestrée par mon workflow n8n, pour protéger la vie privée.
  • Modération automatique des propos haineux, de la publicité déguisée et des contenus inappropriés, par IA.

Mais l’IA n’est pas un outil qu’on installe et qu’on oublie. C’est un travail permanent : régler les robots, suivre les changements de modèles, surveiller les coûts qui bougent. Et surtout garder le contrôle. J’ai construit des étapes de validation et des alertes qui me préviennent, pour qu’un humain reste maître des décisions de l’IA. L’automatisation est indispensable, mais elle se pilote.

Les statistiques institutionnelles. De nombreuses automatisations produisent des statistiques pour les maires et les forces de l’ordre : des données brutes transformées en information utile pour ceux qui protègent le territoire.

La leçon de l’architecte : construire une fonctionnalité, c’est 20 % du travail. La faire tourner de façon fiable, sûre et pas chère à l’échelle de 30 000 utilisateurs, c’est les 80 % restants. C’est là que l’expérience compte vraiment.

07. Les murs : ce que je n’avais pas vu venir

Le RGPD. Je ne l’avais pas anticipé, et c’est un sujet lourd : anonymisation des données, droit à l’effacement, obligation de dire exactement quelles données je collecte et pourquoi, hébergement en Europe, avec toute la complexité que ça implique, surtout pour les Cloud Functions. La conformité n’est pas optionnelle pour une app qui manipule de la géolocalisation et de la sécurité.

La validation Apple. Pour publier sur l’App Store, Apple m’a demandé de prouver que j’étais en contact avec les forces de l’ordre ou une collectivité, et qu’elles approuvaient. J’ai dû obtenir un document officiel attestant que JePréviens était souhaité dans ma commune. Ce document m’a ouvert la France. Plus récemment, une commune à la frontière luxembourgeoise m’a fourni un document équivalent qui m’a ouvert le Luxembourg. Côté Google, aucune de ces contraintes n’existait. Chaque store a ses règles, et on les apprend une par une.

Envoyer des mails à 30 000 utilisateurs. Un défi en soi. J’ai appris la différence entre e-mails transactionnels et e-mails marketing. Et surtout le piège des retours d’adresses invalides : je pensais que tous mes utilisateurs avaient une adresse valide. Non. Adresses relais temporaires d’Apple, boîtes pleines, comptes supprimés. Trop d’adresses invalides, et vous finissez en spam. J’utilise Amazon SES (de loin le moins cher, mais technique) et Brevo (simple et visuel, mais plus cher). Chaque outil a sa place.

La leçon transversale : un produit qui marche fait remonter des problèmes qu’aucun tutoriel ne mentionne. Juridique, délivrabilité, règles des stores. On ne les apprend qu’en faisant tourner un vrai produit à l’échelle, et c’est ce qui permet de les anticiper pour le suivant.

08. Le basculement : de développeur à entrepreneur

À un moment, j’ai fait un constat honnête : j’étais mauvais en marketing, en vidéo et en référencement. Un excellent produit que personne ne voit ne vaut rien.

Alors début 2025, je me suis formé. J’ai amélioré le référencement du site, produit des vidéos explicatives, appris à rendre le projet visible. À l’époque, les agents de code IA n’existaient pas encore : tout se faisait à la main.

Fin 2025, les outils de code IA entrent dans mon quotidien. Je les utilise pour faire évoluer JePréviens. Ils ont relu toute ma base de code et m’ont aidé à faire de nombreuses améliorations de sécurité. Mais, et c’est une leçon importante sur l’IA, ils introduisent parfois des bugs ou des protections trop strictes qu’il faut surveiller et tester régulièrement. L’IA accélère énormément, mais elle ne remplace ni le jugement ni le contrôle. Je garde FlutterFlow et Codemagic pour le déploiement sur les stores, parce que c’est simplement plus efficace pour cette étape.

La transformation : JePréviens a fait de moi un entrepreneur, et plus seulement un développeur. J’ai dû apprendre le produit, l’infrastructure, l’IA en production, le juridique, le marketing, la vente aux institutions, et la relation avec des milliers d’utilisateurs. Aucune de ces compétences n’était sur mon CV de départ. Toutes y sont aujourd’hui.

Ce que ce projet dit de ma façon de travailler

JePréviens n’est pas seulement une application. C’est la preuve que je peux porter un produit de bout en bout, et c’est la matière de ce que j’enseigne.

  • Construire. L’app, l’infrastructure, l’IA en production, des automatisations qui tiennent à l’échelle.
  • Pousser. Visibilité, médias, référencement, vidéo, présentations aux institutions.
  • Faire tourner. Conformité RGPD, sécurité, coûts, délivrabilité, fiabilité au quotidien.
  • Décider. Quoi monétiser, quoi garder gratuit, où mettre l’humain dans la boucle de l’IA.

Et la leçon la plus honnête : 30 000 utilisateurs et presque zéro revenu, ce n’est pas un business. C’est une école. Ce que j’y ai appris, je peux vous l’apprendre en trois jours au lieu de trois ans.

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